PSYCHOLINGUISTIQUE

PSYCHOLINGUISTIQUE

LA PSYCHOLINGUISTIQUE peut être caractérisée en première approximation comme la discipline qui étudie les processus psychologiques sous-tendant l’utilisation et l’acquisition du langage. Présentée fréquemment comme une discipline carrefour, lieu de rencontre privilégié des sciences de la vie et des sciences humaines, elle a eu maintes difficultés à délimiter et à préciser son domaine et son mode d’approche. L’examen des avatars historiques des études psychologiques du langage met en évidence une tentation permanente de les rattacher à l’une ou à l’autre des sciences qui abordent différents aspects du langage et, en premier lieu, à la linguistique elle-même. Comme il advient fréquemment dans le champ scientifique, l’extrême pluridisciplinarité d’un domaine pose souvent plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Le terme de « psycholinguistique» a été proposé en 1954 par les tenants du courant behavioriste en psychologie pour désigner la science qui étudie les processus d’encodage et de décodage mis en jeu dans les actes de communication verbale. Toutefois, l’origine de la psycholinguistique actuelle est liée paradoxalement au déclin du courant behavioriste aussi bien en linguistique qu’en psychologie. En linguistique, c’est la naissance de la théorie de la grammaire générative et transformationnelle de Noam Chomsky qui sonne le glas du courant behavioriste, tandis qu’en psychologie la percée de la psychologie cognitive, centrée sur l’étude des processus «internes» du traitement de l’information, ouvre la voie à une nouvelle façon d’aborder le comportement verbal. Une troisième discipline va concourir aussi à l’émergence de la psycholinguistique; la biologie du langage.

La linguistique transformationnelle de Chomsky a non seulement élargi d’une manière extraordinaire nos connaissances dans le domaine spécifique de la linguistique, mais, encore, elle a modifié radicalement notre vision de cette discipline. En effet, c’est Chomsky qui a formulé d’une manière explicite l’idée que le but de la linguistique est de caractériser une forme particulière de représentation cognitive, celle qui concerne la connaissance que les locuteurs ont de leur langue. Au-delà de cette caractérisation formelle du savoir linguistique des locuteurs des différentes langues naturelles, la linguistique transformationnelle vise à dégager les propriétés générales du langage, c’est-à-dire les propriétés communes à toutes les langues.

C’est par l’accent mis sur l’étude des universaux du langage que la grammaire transformationnelle va rejoindre les thèses de certains biologistes qui, tel E. H. Lenneberg, mettent en avant le caractère spécifiquement humain du langage pour rattacher celui-ci à ses bases biologiques. L’existence d’une capacité «spécifique» à l’apprentissage et à l’utilisation du langage est clairement revendiquée par les tenants de la grammaire générative. Une question à laquelle doit répondre la biologie du langage est celle de savoir dans quelle mesure les mécanismes neuronaux impliqués dans l’acquisition et l’actualisation du langage sont propres à ce domaine cognitif et déterminés génétiquement.

La psychologie cognitive permet de faire le lien entre le niveau représentationnel de la linguistique et le niveau neuronal de la biologie du langage en élaborant des modèles fonctionnels du comportement verbal. Par description fonctionnelle du comportement, on fait référence à une forme de description répondant à la question de savoir «comment» un système fonctionne, plutôt qu’à celle de savoir «pourquoi» il fonctionne. Envisagée en tant que branche de la psychologie cognitive, la psycholinguistique utilise les descriptions linguistiques afin d’émettre des hypothèses sur le format des représentations mentales mises en jeu lors des activités linguistiques de production, de compréhension, de mémorisation, etc. Elle doit préciser, bien entendu, les composantes fonctionnelles qui permettent d’opérer sur ces représentations. Ainsi, les différentes sortes de comportements verbaux peuvent être envisagées comme des processus de calcul portant sur des représentations internes.

Une description fonctionnelle du comportement verbal, exprimée sous la forme d’un diagramme du traitement de l’information et visant à rendre compte des différentes formes de codage, de conservation et de manipulation de l’information linguistique, constitue un préalable indispensable à toute tentative raisonnable pour caractériser les structures neuronales qui sous-tendent ce comportement. Les recherches conduites en psycholinguistique vont indiquer ce qui doit être réalisé au niveau neuronal.

Une telle présentation de la psycholinguistique peut sembler limitative à beaucoup d’égards, car elle ne vise pas à épuiser les multiples déterminants du comportement verbal. La raison principale qui justifie cette approche réside dans sa valeur heuristique. Une connaissance adéquate des capacités linguistiques est en effet indispensable pour pouvoir aborder ensuite avec succès l’étude du comportement verbal ordinaire. Ce dernier est déterminé d’une manière complexe par l’interaction des capacités linguistiques et d’autres sortes de capacités cognitives. Bien entendu, la possibilité d’étudier d’une manière «séparée» les premières dépend dans une large mesure de leur degré d’autonomie dans le système cognitif général.

psycholinguistique [ psikolɛ̃gɥistik ] n. f. et adj.
• 1963; adj. 1929; de psycho- et linguistique
Didact. Étude scientifique des activités psychologiques qui permettent la production et la compréhension du langage. Adj. Travaux psycholinguistiques.

psycholinguistique nom féminin Étude scientifique des activités psychologiques qui permettent la production et la compréhension du langage. ● psycholinguistique adjectif Relatif à la psycholinguistique.

psycholinguistique
n. f. et adj. Didac. étude des comportements linguistiques (processus de production et de compréhension des énoncés, de l'acquisition du langage, etc.) dans leurs aspects psychologiques.
|| adj. études psycholinguistiques.

⇒PSYCHOLINGUISTIQUE, subst. fém. et adj.
I.— Subst. fém. Science qui étudie les rapports entre les structures linguistiques et les processus psychologiques de production et de compréhension d'énoncés. La psycholinguistique s'intéresse en particulier aux processus par lesquels les sujets parlants attribuent une signification à leur énoncé, aux « associations de mots » et à la création des habitudes verbales, aux processus généraux de la communication (motivations du sujet, sa personnalité, situation de la communication, etc.) (Ling. 1972) :
1. Le problème de l'expansion est lié à celui de la capacité de se souvenir des éléments qui doivent être en relation dans l'énoncé, quand celui-ci comporte de nombreuses insertions. C'est ce que Yngve appelle la « profondeur » (...), que des études de psycholinguistique ont fixée à sept (plus, ou moins, deux) éléments mémorisables (par exemple : « je ne veux pas avoir à être forcé de commencer d'essayer de m'efforcer de gagner ma vie »).
COYAUD, Introd. ét. lang. docum., 1966, p. 116.
II.— Adj. Qui relève de cette science. Études, recherches psycholinguistiques. Mécanismes psycholinguistiques de production et de compréhension des énoncés, à partir des différentes constructions grammaticales (ANCELIN Sc. hum. 1982) :
2. ... des secteurs qui devraient (...) connaître une approche psycholinguistique fort efficace du point de vue pratique et fort intéressante du point de vue scientifique : étude de l'activité de traduction, des méthodes et de la préparation des matériaux pour l'enseignement des langues (maternelle et étrangères), de l'analyse du style, des registres et des dialectes et, en général, de la communication orale en diverses langues et en diverses situations d'activité professionnelle.
T. SLAMA-CAZACU, La Psycholinguistique, [1972] ds Lar. Lang. fr., p. 4754.
REM. Psycholinguiste, subst. Spécialiste de psycholinguistique. Le psycholinguiste qui veut mettre au jour les procédures effectives de compréhension ou de production des énoncés (Lang. 1973, p. 421).
Prononc. :[]. Étymol. et Hist. 1929 adj. temps psycholinguistique (G. GUILLAUME, Temps et verbes, p. 113, Champion, 1965 ds QUEM. DDL t. 7); 1963 subst. (Problèmes de psycholinguistique, Paris). Comp. de l'élém. formant psycho- et de linguistique. Bbg. COSTERMANS (J.). Quand la psycholinguistique redevient une psychol. du lang. Cah. Inst. Ling. Louvain. 1978, t. 5, pp. 7-27. — FRANCKEL (J.-J.), LE ROUZO (M.-L.). Psycholinguistique et enseign. du fr. à l'éc. prim. Lang. fr. 1974, n° 22, pp. 107-119. — GRIMAUD (M.). Préliminaires pour une psycholinguistique des discours. Lang. fr. 1981, n° 49, pp. 14-29. — GROSJEAN (Fr.). Psycholinguistique et lang. des signes. Langages. Paris. 1979, t. 13, n° 56, pp. 35-57. — HÖRMANN (H.). Introd. à la psycholinguistique. Trad. par F. Dubois-Charlier. Paris, 1972, 316 p. — HUPET (M.). Psycholinguistique et gramm. Linguistique. Paris. 1974, t. 10, pp. 53-70. — KAIL (M.), PLAS (R.). Psycholinguistique des présuppositions. Semantikos. 1979, t. 3, n° 2, pp. 1-26. — PETERFALVI (J.-M.) Introd. à la psycholinguistique. Paris, 1970, p. 160. QUEM. DDL t. 30, s.v. psycholinguiste. — Références : psycholinguistique et sociolinguistique. Gramm. transformationnelle : théorie et méthodol. Saint-Denis-Univ. de Paris VIII, 1982, pp. 454-462. — SLAMA-CAZACU (T.). La Psycholinguistique. Paris, 1972, 144 p. — VANOYE (F.). Psycholinguistique et techn. d'expr. Et. Ling. appl. 1974, n° 14, pp. 31-35.

psycholinguistique [psikolɛ̃gɥistik] n. f. et adj.
ÉTYM. 1952, in Quillet (mais la date du tirage est peut-être postérieure); le mot ne s'est répandu en français que v. 1960 (→ cit. 1); angl. des États-Unis psycholinguistics, 1953, Osgood, Sebeok, etc.; de psycho-, et linguistics. → Linguistique.
N. f. Didact. Étude interdisciplinaire des aspects psychologiques des phénomènes linguistiques. || Objet de la psycholinguistique : l'émission et la réception des messages en langue naturelle par les communicants; la signification, la nomination et les aspects cognitifs du langage; l'ontogénèse et l'apprentissage des langues (psycholinguistique évolutive, dynamique); le bilinguisme et les contacts de langue vécus par l'individu (psycholinguistique comparative); les situations psychosociologiques en matière de langage ( aussi Sociolinguistique; ethnolinguistique); certains aspects de la pathologie du langage ( aussi Neurolinguistique).
1 La linguistique structurale (…) s'est constituée par la conquête de son objet sur les réductions logiques, psychologiques ou sociologiques que l'on en avait tentées.
Alors la psycho-linguistique est devenue possible (…)
La psycho-linguistique est l'étude des rapports entre nos besoins d'expression et de communication et les moyens que nous offre une langue apprise dès le jeune âge, ou plus tardivement.
Paul Fraisse, in Problèmes de psycho-linguistique, 1963, p. 4-5.
2 Il est probable que l'objet de la psycholinguistique (…) se trouve en tout cas dans la dynamique du message, avec ses déterminations contextuelles et reflétant un substratum profond qui ne peut être analysé uniquement à travers les séquences linéaires, linguistiques, ni seulement par les états psychiques proprement dits, détachés du message (…)
Il est également certain, à notre avis, que la psycholinguistique ne peut pas être confondue avec la psychologie du langage (…)
Tatiana Slama-Cazacu, la Psycholinguistique, p. 43.
3 Par contre une hybridation authentique avec ses recombinaisons fécondes est celle que constitue la psycholinguistique, car elle enrichit à la fois la psychologie, cela va de soi, et la linguistique elle-même, en tant que seule cette nouvelle branche conduit à des études systématiques sur l'exercice individuel de la langue, laquelle au contraire est institutionnalisée.
J. Piaget, Épistémologie des sciences de l'homme, p. 371.
Adj. (1929). || Travaux, recherches psycholinguistiques.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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